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Defenders of Democracy

by Militia of Mercy

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Ce Que Disent Nos Morts

Il n’est pas besoin de rappeler le souvenir de ceux qui nous furent chers et ne sont plus, à notre peuple qui passe, non sans raison, pour célébrer avec ferveur le culte des morts. N’est-ce pas en France, au dix-neuvième siècle, qu’est née cette philosophie qui met au rang des premiers devoirs de l’homme la reconnaissance envers les générations qui nous ont précédés dans la tombe, en nous laissant le fruit de leurs pensées et de leurs travaux? Certes la religion des ancêtres est de tous les temps et de tous les climats; elle est même chez certains peuples orientaux la religion unique; mais en quel pas les liens entre les morts et les vivants sont-ils plus forts qu’en France, les deuils plus solennels à la fois et plus intimes? Chez nous, d’ordinaire, les defunts aimés et vénérés ne quittent pas tout entiers le foyer où ils vécu; ils y respirent dans le coeur de ceux qui demeurent; ils y sont imités, consultés, écoutés.

Je me rappelle trop confusément pour en faire usage ici une scène très belle d’une vieille chanson de geste, GIRART DE ROUSILLON, je crois, où l’on voit une fille de roi contempler, la nuit, après une bataille, la plaine où gisent les guerriers innombrables tomber pour sa querelle. “Elle eut voulu, dit le poète, les embrasser tous.” Et, du fond de mes très lointains souvenirs, cette royale fille m’apparait comme une image de notre France pleurant aujourd’hui la fleur de sa race abondamment moissonnée.

Aussi n’est-ce pas pour exhorter mes concitoyens à commemorer en ce jour nos morts selon un usage immémorial, que j’écris ces lignes, mais pour honorer avec notre peuple tout entier ceux qui lui ont sacrifié leur vie at pour mediter la leçon qu’ils nous donnent du fond de leur demeures profondes.

Et tout d’abord, à la mémoire des notres, associons pieusement la mémoire des braves qui ont versé leur sang sous tous les étendards de l’Alliance, depuis les canaux de l’Yser jusqu’aux rives de la Vistule, depuis les montagnes du Frioul jusqu’aux défiles de la Morava, et sur les vastes mers.

Puis, offrons les fleurs les plus nobles palmes aux innocentes victimes d’une atroce cruauté, aux femmes, aux enfants martyrs, à cette jeune infirmière anglaise, coupable seulement de générosité et dont l’assassinat a soulevé d’indignation tout l’univers.

Et nos morts, nos morts bien aimés! Que la patrie reconnaissante ouvre assez grand son coeur pour les contenir tous, les plus humbles comme les plus illustrés, les héros tombés avec gloire à qui l’on prepare des monuments de marbre et de bronze et qui vivront dans l’histoire, et les simples qui rendirent leur dernier souffle en pensant au champ paternel.

Que tous ceux dont le sang coula pour la patrie soient bénis! Ils n’ont pas fait en vain le sacrifice de leur vie. Glorieusement frappés en Artois, en Champagne, en Argonne, ils ont arrêté l’envahisseur qui n’a pu faire un pas de plus en avant sur la terre sacrée qui les recouvre. Quelques-uns les pleurent, tous les admirent, plus d’un les envie. Ecoutons les. Tendons l’oreille: ils parlent. Penchons-nous sur cette terre bouleversée par la mitraille où beaucoup d’entre eux dorment dans leurs vêtements ensanglantés. Agenouillons-nous dans le cimetière, au bords des tombes fleuries de ceux qui sont revenus dans le doux pays, et là, entendons le souffle imperceptible et puissant qu’ils mêlent, la nuit, au murmure du vent et au bruissement des feuilles qui tombent. Efforçons-nous de comprendre leur parole sainte. Ils disent:

FRERES, vivez, combattez, achevez notre ouvrage. Apportez la victoire et la paix à nos ombres consolées. Chassez l’étranger qui a deja reculé devant nous, et ramenez vos charrues dans les champs qui nous avons imbibés de notre sang.

Ainsi parlent nos morts. Et ils disent encore:

FRANÇAIS, aimez-vous les uns les autres d’un amour fraternal et, pour prevaloir contre l’ennemi, mettez en commun vos biens et vos pensées. Que parmi vous les plus grands et les plus forts soient les serviteurs des faibles. Ne marchandez pas plus vos richesses que votre sang à la patrie. Soyez tous égaux par la bonne volonté. Vous le devez à vos morts.

VOUS nous devez d’assurer, à notre exemple, par le sacrifice de vous-mêmes, le triomphe de la plus sainte des causes. Frères, pour payer votre dette envers nous, il vous faut vaincre, et il vous faut faire plus encore: il vois faut mériter de vaincre.

Nos morts nous ordonnent de vivre et de combattre en citoyens d’un peuple libre, de marcher résolument dans l’ouragan de fer vers la paix qui se levera comme une belle aurore sur l’Europe affranchie des menaces de ses tyrans, et verra renaître, faibles et timides encore, la JUSTICE et L’HUMANITE étouffées par le crime de l’Allemagne.

Voila ce qu’inspirent nos morts à un Français que le détachement des vanités et le progrès de l’age rapprochent d’eux.

[signed]Anatole France

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