Acte Cinquième
Scène Première
La Prison.
Marguerite, endormie, Faust, Mephistopheles.
Faust. Va t’en!
Mep. Le jour va luire.—On dresse l’échafaud!
Décide sans retard Marguerite à te suivre.
Le geôlier dort.—Voici les clefs.—Il faut
Que ta main d’homme la délivre.
Faust. Laisse-moi!
Mep. Hâtez-vous.—Moi, je veille au dehors.
(Il sort.)
Faust. Mon cœur est pénètré d’épouvante!—O torture!
O source de regrets et d’éternels remords!
C’est elle!—La voici, la douce créature
Jetée au fond d’une prison
Comme une vile criminelle!
Le désespoir égara sa raison
Son pauvre enfant, ô Dieu! tué par elle!
Marguerite!
Mar. (s’éveillant).
Ah! c’est lui!—c’est lui! le bien-aimé!
(Elle se lève.)
A son appel mon cœur s’est ranimé.
Faust. Marguerite!
Mar. Au milieu de vos éclats de rire,
Démons qui m’entourez, j’ai reconnu sa voix!
Faust. Marguerite!
Mar. Sa main, sa douce main m’attire!
Je suis libre! Il est là! je l’entends! je la vois.
Oui, c’est toi, je t’aime,
Les fers, la mort même
Ne me font plus peur!
Tu m’as retrouvé,
Me voilà sauvé!
C’est toi; je suis sur ton cœur!
Faust. Oui, c’est moi, je t’aime,
Malgré l’effort même
Du démon moqueur,
Je t’ai retrouvé,
Te voilà sauvé,
C’est moi, viens sur mon cœur!
Mar. (se dégageant doucement de ses bras).
Attends!... voici la rue
Où tu m’as vue
Pour la premiere fois!...
Où votre main osa presque effleurer mes doigts!
“—Ne permettez-vous pas, ma belle demoiselle,
Qu’on vous offre le bras pour faire le chemin?”
“—Non, monsieur, je ne suis demoiselle ni belle,
Et je n’ai pas besoin qu’on me donne la main!”
Faust. Oui, mon cœur se souvient!—Mais fuyons! l’heure passe!
Mar. Et voici le jardin charmant,
Parfumé de myrte et de rose,
Où chaque soir discrètement
Tu pénétrais à la nuit close.
Faust. Viens, Marguerite, fuyons!
Mar. Non, reste encore.
Faust. O ciel, elle ne m’entends pas!